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Le tout nouveau site Web du Grandgousier verra bientôt le jour.
En attendant, suivez notre prochain spectacle :

Grand-peur et misère du IIIᵉ Reich de Bertolt Brecht

Pièce de théâtre présentée dans le cadre du Festival Rêve général, sur le campus de l’université de Liège au Sart Tilman. Dates, lieux et réservations très prochainement disponibles sur ce site Web ou sur notre page Facebook.

Comédiens et comédiennes
Marie Badillo Collart, Emilie Bremon, Laurence Brognet, Remedios Domene, Muriel Georges, Laurent Gorni, Marie-France Granier, Michèle Hendrix, Hugues Hospital, Alice Maton, Romain Parizel, Martina Pichler, André Remy, Éliane Rulmont, Anne-Marie Schoenaerts, Myriam Sommer, Jean-François Van Humbeeck, Frédéric Vanlofveld, Micheline Zanatta

Mise en scène
Patrick Bebi

Aide à la mise en scène
Michèle Hendrix

Costumes & scénographie
Marie-Hélène Tromme

Création des éclairages
Julien Legros

Création sonore
Daniel Classens


« Le vieux monde se meurt,
le nouveau monde tarde à apparaître
et dans ce clair-obscur surgissent les monstres »
Antonio Gramsci

« Io sono Giorgia, sono una donna, sono una madre, sono cristiana » (« Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une mère, je suis chrétienne ») hurlait Giorgia Meloni, présidente du parti Fratelli d’Italia (extrême droite) et première ministre italienne, lors d’un de ses discours à ses militants.

Mais pourquoi tant de véhémence et d’énergie pour dire finalement des choses bien banales : son prénom, son genre, son statut parental, sa croyance ?

Voilà peut-être que se dessinent en filigrane les nouveaux oripeaux de l’extrême droite. Et en creux, l’on retrouve les vieilles antiennes racistes, paternalistes et autoritaristes dont l’histoire nous a, trop souvent, servi les plats.

On voit bien comment les droites les plus radicales reprennent pied, depuis plusieurs années, dans le jeu politique européen. Et petit à petit, les électeurs déçus, oubliés, désabusés, sans perspectives concrètes se retournent massivement vers cette pensée nauséabonde que des habits neufs ne peut rendre moins pestilentielle.

Il y a une nonantaine d’année, Bertolt Brecht vivait des temps encore plus troublés que les nôtres. Dès la prise de pouvoir par les nationaux-socialistes (qui, rappelons-le, n’ont jamais eu de majorité lors des élections mais bien autour des 33 % ; c’est la collaboration, l’alliance, de la droite dite classique qui a permis son accession au pouvoir), Brecht est contraint à l’exil.

De 1933, année de son départ de Berlin, à 1947, date de son retour à Berlin-Est, Brecht va errer à travers l’Europe pour finir par atterrir aux États-Unis. De son exil, il reste très fortement connecté aux réalités de l’Allemagne. Il cherche, comme il peut, des informations sur le IIIᵉ Reich. Il avait déjà compris la nature des nazis pendant les années 1929-1933, mais il cherche à comprendre comment les Allemands vivent et acceptent ce nouveau régime.

De loin, il veut contribuer à la lutte contre l’idéologie nazie. Mais contrairement à ce qu’il fera avec Les fusils de la Mère Carrar, pièce d’intervention sur la guerre d’Espagne (1936), il va affronter le problème de manière beaucoup plus impressionniste. Il va ausculter, disséquer, la société allemande dans ses diverses classes sociales et divers secteurs d’activités. À travers les petits actes du quotidien, il cherche, tel un sociologue voire un entomologiste, ce qui trahit ce peuple dans son adhésion, plus ou moins consciente, plus ou moins consentante, à la praxis national-socialiste.

Un couple petit-bourgeois qui se méfie de son fils susceptible de les moucharder ; une mère et sa fille, plus que modestes, qui reçoivent l’aide sociale des nazis ; un couple qui entend qu’on vient arrêter le voisin et qui ne dit rien ; une femme de la grande bourgeoisie qui doit fuir parce que juive ; deux physiciens qui ne peuvent citer ni utiliser les travaux du plus grand des leurs, Einstein… La description de cette société qui petit à petit sombre dans la paranoïa et le chacun pour soi se déploie sur 24 scènes/tableaux.

Nous nous proposerons d’en monter une bonne moitié. Non pas tant pour évoquer une époque détestable et, heureusement, révolue que pour regarder comment elle résonne avec nos temps si peu paisibles. La pièce est réputée pour ne pas être construite sur les préceptes que Brecht rassemble sous le vocable « Jeu Épique ». Cela reste à prouver. Mais sans entrer dans un débat esthétique et dramaturgique ici, il est certain que, pour notre part, nous allons nous efforcer de chercher les ressorts de cette épicité, nous allons tendre à étrangéifier les scènes. De nouveau, pas du tout à des fins esthétiques mais pour tenter de faire résonner ce texte, qui a 85 ans, avec les temps d’aujourd’hui, les fascismes d’aujourd’hui.

Avec 19 actrices et acteurs de tous âges et d’horizons divers, nous allons tenter de contribuer, plus que modestement, à essayer de comprendre les temps que nous vivons afin d’éviter cette mise en garde de Walter Benjamin : « L’humanité est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre. Voilà quelle esthétisation de la politique pratique le fascisme. »